Histoire D'Ain Beida

Histoire d'Ain Beida (selon la version de L.Charles Féraud)

 

La ville d'Aïn Beïda est située à 110 Km au sud-est de Constantine sur les hauts plateaux des Sebkhas (1000 m d'altitude). Aïn-Beida signifie en arabe, la source blanche, en raison d'une source abondante qui y jaillit, donnant par minute plus de 400 litres d' eau d'une excellente qualité.

A l'origine, des ruines mégalithiques puis les romains y avaient construit la ville forte de Marcimeni dans laquelle on retrouve les ruines semées dans la vaste plaine qui relie Aïn Beïda à Khenchela. Le climat y était rigoureux ; l'été la température pouvait atteindre 40 degrés et plus,. l'hiver, la neige y était souvent abondante, alimentant les sources certes, mais perturbant aussi les liaisons routières.

C'est en 1848 puis en 1850 que la ville prend son essor autour de ses deux bordjs avec l'implantation par les Français d'un établissement militaire pour surveiller les populations turbulentes de la région, notamment celle des Haraktas, berbères, arabisés qui dominaient toute la région de Souk-Ahras au massif des Nememcha jusqu'aux confins de la Tunisie et répartis entre les trois communes   d'Oum-el- Bouaghi,de la Meskiana et de Sedrata. Très vite, 150 maisons, une église, une synagogue, des écoles auxquelles il faut ajouter les constructions du marché arabe et du village nègre qui se trouvaient alors en dehors de la ville naissante. Les israélites, très nombreux, faisaient presque tout le commerce surtout avec les Haraktas. 

La tribu des Haracta

La tribu des Haraktas proprement dite, dont le territoire touche, au Nord, à celui des Hanencha et des Guerfa, à l'Est à celui des Oulad-Yahïa-ben-Thaleb, à l'Ouest aux tribus de l'Oued Zenati, au Sud aux mon- tagnes de l'Aurès, se divisait en quatre fractions :   Oulad-Saïd,  Oulad- Sïouan,  Oulad-Kranfeur,  les Oulad-Amara. Cette seule tribu, ayant une population de 28 000 âmes, pouvait mettre à cheval plus de 4 000 hommes. Elle comptait environ 1 500 fantassins. La tribu des Haraktas, alliée des Turcs qui l'avaient soumise par la force des armes, vivait uniquement pour la guerre et par la guerre. Avec la paix française, à partir de 1854, ils commencèrent à s'adonner à la culture des terres. Ils vendirent une partie de leurs chameaux, propres aux fuites rapides, et ils achetèrent des bœufs de labour. Sur beaucoup de points, le gourbi se substitua à la tente, et, sous l'empire de ce nouvel ordre de choses, la paix et le calme les plus parfaits n'ont cessé de régner. Les Haraktas devinrent propriétaires d'immeubles à Aïn Beïda. Ils créèrent des jardins maraîchers et 30 000 hectares de terrains seront cultivés en céréales.

Au milieu de notre siècle, Aïn Beïda est un gros bourg de 7 650 habitants dont 22 % d'européens, qui compte une importante communauté de fonctionnaires. 
Elle constitue une étape importante sur la route des caravanes des tribus Soufi transhumantes qui mènent paître leurs troupeaux de chameaux dans les plaines du nord au printemps, et, à l'automne, 
rejoignent leurs palmeraies d'origine au sud vers Biskra. 

En 1942-43, après le débarquement allié sur les côtes marocaines et algériennes et .l'ouverture du front tunisien sur les arrières des armées germano-italiennes, Aïn Beïda était un des points de passage des convois de matériels et de troupes alliées auxquelles se joignirent rapidement les premiers éléments des forces françaises de l'Armée d'Afrique Aïn Beïda est aussi la ville de garnison du 16 ème régiment de Dragons de 1955 à 1962.

 Importante région productrice de céréales. Aïn Beïda était un pays de culture céréalière extensive. Culture déjà très mécanisée à cette époque, mais de rendement très modeste surtout si les pluies avaient été rares, la ville est surtout réputée pour son marché à bestiaux, le lundi, 2 ème marché animalier du département de Constantine. 

Malgré les rigueurs de son climat,Aïn Beïda jouissait néanmoins d'un préjugé climatique très favorable. L'air, disait-on, y était pur. Il y faisait bon vivre. Aïn Beïda était agencé autour d'une place centrale autour de laquelle étaient disposés l'église, le presbytère, la poste, la mairie, le marché couvert et la salle des fêtes, faisant fonction de cinéma le samedi et le dimanche. 

Un peu excentrés, le Cours et le Square Willigens où l'on pouvait trouver des vestiges de l'époque romaine, bordés d'un côté par le commissariat et le Grand Hôtel d'Orient ou Hôtel Coppolani, de l'autre par la Librairie Namia, le Café Xicluna où officiait le regretté Charlot et devant lequel, à la fraîcheur, le vieux Boudjema dressait son étal de brochettes et de merguez ; un peu plus loin enfin, se trouvaient le Cercle et la Caserne. Après avoir quitté le village dans la direction de Tébessa et avoir 
passé un bordj témoin de l'implantation du village de colonisation, 
apparaissait le cimetière où quelques-uns des nôtres reposent encore, 
abandonnés mais non oubliés.
(Alain Audibert)

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Ain Beida, c'était aussi «Marcemini».


Un symbole à lui seul (statue ou autre chose) peut vous racon­ter l’historique 'une
contrée ou d'une métropole d'une manière au­thentique.
C'est ce qui fait le prestige d'une ville ou d'un village pour le courage et les sacrifices consentis dans le passé par les ancêtres ou tout simplement les aînés durant la guerre de Libéra­tion.
Or, Ain Beida, connue pour être la capitale des Harakta, se voit octroyer pour symbole une jument blanche, tenez-vous bien, sans cavalier.
Certes, cette même jument blanche a existé, mais durant l'invasion hilalienne d'où Dieb El Hilali et les contes de la fameuse Djazia mais qui n'ont rien à voir avec les Harakta.
Ain Beida tire son vrai nom de « Source Blanche » par rapport au dé­pôt calcaire autour de cette même source que les habitants appelaient dé­jà El Ain El Beida et qui coule encore de nos jours au lieu dit Ain Beida Se­ghira,
au nord de la ville actuelle dans la propriété des héritiers Bourahli.
La ville d’ Ain Beida ne peut en aucun cas porter le nom de cette ju­ment blanche légendaire, encore moins de ceux qui l'ont montée pour tout casser et brûler.
C'est une création française, lit-on dans la Revue africaine ou encore dans le Senatus consult PV n° 139.
Certes, il y a eu quatre ou cinq bâ­tisses comme la mairie, l'église, le presbytère, le fort (Bordj) du com­mandant et l'abattoir.
Cependant, il y avait déjà quelques hameaux et bi­coques où se tenaient les souks hebdomadaires pour toute la région.
On oublie également que le géné­ral Le Galbois et ses troupes ont été repoussés à trois reprises hors des terri­toires par les Harakta
et venant en aide à Ahmed Bey contre les coloni­sateurs.
L'histoire c'est comme une graine qu'on jette négligemment. Avec le temps et juste un peu d'eau, elle germe et rejaillit. On ne peut transformer l'or en cuivre, ou les lions en atèles.
S'agissant toujours de l'historique, il faut signaler à ce titre, que l'actuelle ville d'Ain Beida a été construite sur les ruines d'une ville antique ro­maine du nom de Marcimeni pour son point d'eau certainement.
Et où un temple y était édifié et dédié à Her­cule, selon l'historique d'Aïn Beïda.
Pour preuve, il existe à ce jour des ga­leries souterraines. Un coup d’œil à l'intérieur du square public pour découvrir,constater édifices et autres pièces antiques, à savoir tombeaux en pierre, pièces de joailliers,vases en pierre, inscriptions latines sur pierres plates, en plus des pièces éparpillées quelque part en ville.
Notre ville n'est donc pas de créa­tion française, sinon, elle aurait pu, au moins, prendre une appellation française d'autant plus qu'elle était la plaque tournante de la région.
Pour revenir aux symboles, on n'a rien trouvé de mieux que de mettre à l'abri un socle sur lequel il y a un ca­non entouré de trois lions et le rem­placer par une molaire renversée, la couronne en bas et trois racines en béton en haut recouvert de marbre et portant les noms des imams de la vil­le.
C'est bien beau, et nos martyrs alors ? Qu'en a-t-on fait ? N'a-t-on pas fait de révolution ?
Et que devien­nent alors les Zinai Hadj Belgacem, membre fondateur du PPA et collaborateur d'Ibn Badis, modéré et imam, ennemi redoutable des Français, me­neur des grandes manifestations anti-colonialistes, condamné à vingt ans de prison en 1956 par le tribunal de Constantine.
Ses menottes aux poi­gnets, il avait ri à la lecture du verdict en adressant ces propos au juge :« Vous pensez rester encore vingt ans ici ? » .
Nous avions d'autres lions comme Saidi Djemoui, le tigre de Pa­lestro, Laribi Kaddour (oncle maternel de Nadir Kabouche),
Benzaoui Harkati, Meziani Abdderrahmane, Loucif Mebarka (Titouma),
Zaidi Mohamed, Hafsi Mabrouk, Mahtali, qui a fait exploser le premier pétrolier français au port de Marseille, Hihi El Mekki, Kanouni Tayeb, Hamdi Ali, Abassi Mebarek, Amara Mostefa, Ilihem Boudjemaa, Agabi Guerra, Zerad Mohamed-Dechra et la liste est trop longue pour ne citer que ceux-là.
On aurait aimé une statue d'un héros en arme symbolisant la guerre de Libéra­tion à la place du jet d'eau juste à cô­té et entouré celui-là d'eiders aux têtes... baissées. Au fait, l'horloge qui le surplombe n'y est plus, celle de la jument aussi, pourtant elles existent.
Nous ne faisons que rendre à ses fils ce qui appartient à Harkat, le père des gâtés qui deviennent des ratés par l'oubli et la démission totale.
A. Khammar

Version original

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